dimanche 19 octobre 2014

Changement de site

J'ai publié des articles en m'appuyant sur certains constats issus de mon essai. L'idée était, en m'inspirant de la judicieuse remarque de Léo Ferré, "le problème avec la morale, c'est que c'est toujours celle des autres", de montrer qu'il serait possible d'inventer un monde où nous changerions de croyances lorsqu'elles nous mènent là où nous ne voulons pas aller, en l’occurrence dans nos sociétés actuelles, vers une crise abominable.

Il s'avère que cela n'intéresse personne ou que personne ne comprend, sans doute parce qu'il faudrait commencer par lire l'essai. Mais, j'ai également pris conscience que peu de monde pouvait comprendre ce que je disais. La raison est que j'ai surestimé la capacité de tout un chacun à réfléchir en dehors de ses croyances. C'est le problème même de la compréhension que j'aborde dans mon essai. Tout cela peut se résumer à une seule interrogation, quand vous dites, "le ciel est bleu", est-ce que tout le monde comprend la même chose ?

C'est pour ces raisons que j'ai décidé d'arrêter de parler de choses qui ne m'intéressent pas. Tant que j'aurai l'envie d'écrire ce sera donc sur un autre site (ici).

jeudi 16 octobre 2014

Théorie du complot : révélation sur les responsables !

Nous sommes des êtres irresponsables
   
Pourquoi après avoir parlé des croyances [1] et de l’utilité d’en prendre conscience [2], parler de la théorie du complot ? J’ai écrit un article sur la démocratie [3], mais parmi ceux qui l’ont lu, qui a retenu que nos sociétés véhiculent des croyances dont nous n’avons pas conscience ? Que ces croyances sont ancrées dans nos comportements et que nous ne savons pas en changer ? Ce sont les raisons qui nous conduisent à rejeter notre responsabilité sur un tiers lorsque quelque chose nous choque, et quoi de plus satisfaisant qu’un tiers inconnu qui complote secrètement à notre perte.
  
Nous assumons rarement nos responsabilités, nous disons que c’est la faute de Dieu, des hommes politiques et des médias qui nous manipulent, des professeurs, de notre femme, de nos enfants…  C’est la responsabilité des autres parce que nous n’avons pas conscience de nos croyances. Prenons un exemple, vous travaillez dans une entreprise qui fait faillite et qui doit fermer. Vous n’y êtes pour rien, n’est-ce pas ? C’est la faute des enfoirés de patrons ou des abrutis d’hommes politiques. Pourtant, ce sont nos modes de vie, nos modes de consommation qui concourent à créer des multinationales qui emploient de moins en moins de monde et qui délocalisent à l’étranger, ce sont les intérêts que nous acceptons de payer sur nos emprunts qui concourent à nous ruiner et à nous faire travailler plus dans des sociétés de plus en plus robotisées. Vous me direz que vous n’avez pas choisi ? C’est vrai, mais qu’avez-vous fait pour changer vos comportements ? Quelles que soient les responsabilités de ceux qui vous ont inculqué les croyances sur lesquelles se basent nos sociétés, c’est à vous de les assumer. Et si vous ne les assumez pas, vous ne pouvez que les rejeter sur les autres. Vous me direz que tout le monde est pareil ! Bien sûr, mais si nous sommes tous irresponsables, ce n’est la faute de personne et nous ne changerons jamais rien !
  
La croyance en la théorie du complot c’est le report de notre responsabilité sur tout le monde, les médias, les hommes politiques, le diable, Dieu, les privilégiés, les islamistes, les anti-islamistes, tous, sauf nous ! La théorie du complot est le tiers sur lequel nous pouvons rejeter toutes nos fautes, c’est le tiers qui justifie nos croyances, notre incapacité à nous adapter, notre manque d’intelligence, notre bêtise. C’est le Satan des temps modernes.
  
Qu’est-ce que la théorie du complot ?
  
Un complot est une entreprise formée secrètement entre deux ou plusieurs personnes contre la sûreté de l'État, contre quelqu'un ou contre une institution. Les complots existent depuis toujours et nous avons connaissance de certains d’entre eux, comme par exemple celui qui a conduit à l’assassinat de Jules César. Mais, ils ne réussissent pas toujours, l’objectif de ce complot, préserver la république, n’a pas été atteint puisque l’assassinat de Jules César a précipité la création de l’empire Romain.
  
La théorie du complot est souvent associée aux événements du 11.09 : les deux tours percutées par des avions, l’effondrement de trois tours...  Nous ne pouvons nier l’existence d’un complot qui a conduit à ces événements, mais si les tours s’étaient effondrées suite à un tremblement de terre ou à un autre phénomène naturel, nous nous contenterions de dire qu’elles n’étaient pas suffisamment résistantes et nous laisserions au hasard sa contingence normale, nous ne sommes pas capables de construire quelque chose qui résiste à tous les imprévus.
  
Lorsque nous cherchons à retracer l’histoire d’un événement complexe qui est la résultante de décisions sur plusieurs années, il n’est guère possible de désigner un responsable ou un groupe de responsables. Qui a déclenché la 2ème guerre mondiale ? Nous avons désigné un coupable, mais nous savons aussi que cette guerre est la résultante d’un enchaînement d’événements qui se répartissent sur plusieurs années, à commencer par la 1ère guerre mondiale. Il en va de même pour le 11.09, le gouvernement américain a désigné un coupable, mais nous ne saurons jamais analyser l’enchaînement d’évènements qui a conduit à cet attentat. Nous savons qu’il a servi de catalyseur à certaines décisions, mais ce n’est pas suffisant pour prouver une quelconque responsabilité.
  
Est-il possible que le 11.09 fasse partie d’un complot plus vaste, gigantesque, qu’une personne ou un groupe de personnes soit capable d’organiser de tels événements sur des dizaines d’années ? Des personnes qui seraient capables de prévoir les réactions de tout un chacun, d’avoir un objectif cohérent sur des dizaines d’années, de le propager à leurs remplaçants, de gérer des centaines d’intervenants secrètement dans tous les organismes étatiques ? Même Zeus n’était pas capable de le faire, mais avec les technologies modernes qui sait ! Et tout cela avec quel objectif ? Dominer le monde ? Mais s’ils sont déjà capables de tout cela, ils dominent déjà le monde ! Alors peut-être, nous pourrions le justifier par la folie comme celle de sir Hugo Drax [5] dans James Bond ?
  
Pour trouver un objectif plausible, ce sont sans doute les thèses de Pierre Hillard [4] qui sont les plus intéressantes. Pierre Hillard ne nous parle pas directement de complot, il préfère démontrer que nous nous dirigeons vers une uniformisation du monde, un nouvel ordre mondial.  Malgré cela, l’ombre de la théorie du complot plane nécessairement sur cette volonté de nous amener, a priori malgré nous, vers un objectif d’uniformisation des individus.
  
Ses démonstrations débutent par des décisions datant de la révolution française. Cela laisse pensif sur la possibilité d’avoir une volonté unique de quelques individus qui se serait transmise de génération en génération. Par ailleurs, les intervenants dans le complot sont finalement très nombreux ce qui laisse rêveur sur la capacité d’organisation des instigateurs. En réalité, Pierre Hillard cherche et trouve des documents qui vont dans la direction qu’il attend. Il serait intéressant de connaître tous les documents qui vont dans une autre direction et qu’il n’a sans doute pas pris la peine d’étudier.
  
La théorie du complot n’est pas plausible… c’est une croyance du même ordre que de croire aux extra-terrestres. Nous pouvons être pour ou contre, cela ne nous donnera pas la réponse. Le seul intérêt d’y croire serait de nous déresponsabiliser pour nous empêcher de le contrer. Si un tel complot existait nous pourrions donc nous demander si ceux qui essayent de nous le faire croire ne sont pas impliqués. Pourtant, en dehors de toute croyance ou non dans un complot, il est impossible de nier la direction dont nous parle P. Hillard. Nous pouvons donc constater que nous suivons une stratégie qui nous mène vers un nouvel ordre mondial.
  
Et si cette stratégie était portée par nos croyances sociétales ?
  
Une stratégie, c’est l’art de coordonner des actions, de manœuvrer habilement pour atteindre un but. Dans l’environnement humain, les actions que nous prenons sont basées sur des croyances. Imaginons par exemple que mon objectif soit d’obtenir une augmentation de salaire, je peux définir une stratégie basée sur une manipulation de mes supérieurs, mais je ne pourrais jamais garantir que leurs réactions soient celles que j’attends ou qu’ils n’en aient pas connaissance. Je peux également décider de réaliser un travail parfait dans l’espoir que tôt ou tard cela me permette d’obtenir une augmentation. Dans ce dernier cas, je dépendrais également d’aléas que je ne maîtrise pas. Mais sur un temps suffisant long ma stratégie peut s’avérer payante. Cet exemple nous montre que l’objectif est indépendant de la stratégie, je peux mener une stratégie, basée sur la croyance qu’un excellent travail est payant, sans pour autant rechercher un quelconque objectif.
  
Nos sociétés sont porteuses de croyances qui correspondent à des stratégies et qui nous amènent implicitement à un objectif, même si nous n’avons pas conscience ni des croyances, ni de l’objectif. Au travers d’une entité impérialiste telle que l’OTAN qui est la plus grande puissance qui ait jamais existé, nous sommes capables de promouvoir nos croyances inconsciemment auprès de tous ceux qui résisteraient. Ces croyances sont par exemple celles de l’argent, des droits de l’homme et du libéralisme. Elles prennent effectivement leurs sources à la révolution française. Ainsi, lorsque nous protégeons la propriété privée et l’héritage, nous protégeons également l’empilement des richesses, les disparités entre des privilégiés et le reste de la population. Lorsque nous payons des intérêts sur les dettes nous favorisons un transfert de richesse vers un groupe de personnes de plus en plus petit. Le capital possédé par un petit groupe de personnes favorise la possibilité de créer des multinationales qui vont petit à petit détruire les petites entreprises qui ne pourront combattre les lobbies auprès des hommes politiques, les attaques pour acquérir leurs brevets… Nos modèles économiques qui décrivent notre société de consommation conduisent nos gouvernements à réagir dès que les indicateurs virent au rouge, de notre côté nous contribuons à les valoriser en consommant, souvent à crédit, des objets dont l’utilité est discutable. En adhérant aux principes de nos sociétés nous favorisons le conservatisme vis-à-vis de leurs croyances.
  
Ces croyances forment une stratégie qui n’est portée par personne en particulier mais qui va d’elle-même vers un objectif. Chacun à son niveau œuvre vers cet objectif d’uniformisation dont parle Pierre Hillard, les privilégiés en cherchant à s’enrichir, les hommes politiques en respectant les modèles basés sur ces croyances, les consommateurs en consommant, les lobbies en promouvant des guerres contre ceux qui vont à l’encontre de leurs intérêts créés par ces croyances… Nous sommes tous des enfants de la démocratie, nous œuvrons tous inconsciemment vers les objectifs communs d’uniformisation et d’accroissement des disparités.
  
Qui sont les comploteurs ?
  
Ainsi, la théorie du complot pourrait ne pas être un mythe, ses objectifs seraient ceux induits par la stratégie définie par les croyances véhiculées par ce que nous appelons nos démocraties. Ces croyances existaient à la révolution française, elles se sont enrichies avec la révolution industrielle puis avec l’hégémonie des États-Unis. Bien sûr certains en profitent plus que d’autres et ce sont eux qui sont les plus conservateurs. Ces personnes savent comment profiter de leurs privilèges, mais elles ne peuvent pas plus connaître la fin de l’histoire que nous, de la même façon que les nobles quelques dizaines d’années avant la révolution française n’auraient pas su prédire la fin de leurs privilèges.
  
La théorie du complot a donc une réalité, celle d’un complot qui nous mène vers l’uniformisation puis probablement vers une autodestruction de nos sociétés. Chacun avec un rôle particulier, nous sommes tous les comploteurs de la théorie du complot et nous contribuons tous à l’avènement d’un nouvel ordre mondial. Nous formons une organisation secrète puisque nous-mêmes ignorons pour quoi ou vers quoi nous œuvrons. Nous agissons tous contre la sûreté de l’humanité ou de l’État puisque nos croyances ne sont pas viables. Il est probable comme le pense P. Hillard et bien d’autres que nous nous précipitions vers une catastrophe qui nous empêchera d’atteindre l’objectif d’uniformisation ou qui sera provoquée par cet objectif.
  
Nous ne pourrons changer d’objectif qu’en changeant de stratégie, donc en changeant de croyances. Il n’y a qu’une seule échappatoire, que nous prenions conscience de nos croyances et pour cela que nous comprenions de quoi nous parlons [6]. Mais nous sommes irresponsables, non ? Donc, nous pouvons rester ignorants, de toutes les façons, ce ne sera pas de notre faute !
  
[1] « Réflexion philosophique : comprendre de quoi nous parlons ! » de Hervé BOURGOIS
[2] « Changer de discours pour changer de société » de Hervé BOURGOIS
[3] « Enfants de la démocratie : l’histoire se répète ? » de Hervé BOURGOIS
 [4] Une vidéo de Pierre Hillard qui donne une idée sur ses thèses passionnantes.
[5] Pour les cinéphiles. Je n’ai trouvé qu’une version anglaise de mauvaise qualité.
[6] Ouvrage de l’auteur : « De quoi parlons-nous ? »
http://phylogenese.blogspot.fr/p/list.html
Cet essai décrit comment nous continuons à sacrifier une partie de la population à des Dieux que nous ne nommons plus.

mercredi 15 octobre 2014

En quelques mots, c’est quoi la dette aujourd’hui ?

Quand vous avez besoin d’argent, par exemple 100€, vous allez voir quelqu’un, par exemple un banquier, qui vous donne de l’argent qu’il n’a pas en vous disant que vous devrez lui rembourser 100€ plus l’intérêt, disons 130€.

Comme notre banquier est intelligent, il sait bien qu’avec 100€ de plus en circulation, personne ne lui rendra jamais 130€. Donc, il va essayer de revendre la dette à quelqu’un d’autre. Mais ce dernier n’est peut-être pas idiot, le banquier va donc devoir inventer un produit financier, comme par exemple une assurance vie, et revendre le tout incognito par exemple 115€ en promettant de verser 15€ d’intérêt sur la durée de vie du produit.

Il a donc gagné 15€ sans débourser un centime. Il fallait juste trouver deux idiots. Maintenant, nous sommes dans une société de droits, donc il ne peut pas juste les mettre dans sa poche. Il va donc les récupérer en choisissant le mécanisme qui lui fera payer le moins d’impôt, distribution de primes, distribution de dividendes… et hop, le tour est joué !

Tout le monde est content, le PIB augmente de 15€, l’état touche des impôts, vous avez vos 100€ et enfin quelqu’un a préparé sa retraite.

Mais, c’est comme le bonneteau ! Vous pouvez toujours chercher où sont les 15€, vous ne les trouverez pas. Vous pouvez ne pas rembourser la dette à votre copain qui l’a rachetée sans le savoir, vous pouvez laisser les banques faire faillite… ils se sont volatilisés… En fait, ce n’est pas tout à fait pareil, avec le bonneteau vous savez qui a volé votre argent !

Vous croyez que vous n’êtes pas endettés ? Dès que vous consommez, vous payez l’intérêt d’une dette, celle des entreprises, celle du gouvernement, celle de votre ville…

[1]       Ouvrage de l’auteur : « De quoi parlons-nous ? »
Cet essai décrit comment nous continuons à sacrifier une partie de la population à des Dieux que nous ne nommons plus.

samedi 11 octobre 2014

Changer de discours pour changer de société

Mon article précédent [1] a montré que nos vies sont basées sur des choses incertaines, nous ne savons pas prévoir l’avenir, nous ne pouvons généralement pas savoir si une décision est bonne ou mauvaise. Qui plus est, une décision sociétale concerne de nombreux individus et ne peut être idéale pour tous. Lorsque nous prenons ainsi des décisions basées sur nos croyances, nous ne savons les justifier que par des opinions. Nous confondons alors ces justifications avec des certitudes, peut-être car nous nous sentons obligés d’être convaincus avant d’agir. Submergés par des opinions, nous n’avons plus conscience de nos croyances.
 
Pour apprendre à raisonner nous devons tenir compte de l’incertitude mais nous ne savons pas le faire, nous préférons croire que nous sommes des êtres rationnels. Pourtant, cette dernière formulation est erronée, nous devrions dire que nous sommes des êtres capables de rationalité, nous sommes capables d’être rationnels lorsque nous réfléchissons sur des sujets rationnels. Les sujets de société sont irrationnels.
 
Imaginons que votre enfant soit atteint d’une maladie incurable et que vous seul puissiez le sauver par une transplantation. Le médecin estime ses chances de survie à 20%. Il peut également prédire que votre enfant aura 50% de probabilité de guérir après la transplantation mais, s’il en guérit, il aura des séquelles qui ne sont pas connues à ce jour. De votre côté, vous avez 50% de probabilité de survivre à la transplantation mais il est probable que vous serez diminué à vie. Nous pouvons faire un tableau qui résume la situation.
 
Ne rien faire
20%
100%
Transplantation
50%
50%
 
Ce tableau nous montre que le choix le plus rationnel est probablement de ne rien faire et d’espérer que votre enfant survive. En réalité, même en supposant que de telles statistiques aient un sens, vous ne prendrez pas cette décision de cette façon, vous la prendrez en la basant sur vos propres croyances ou celles que l’on vous a inculquées. Peut-être considéreriez-vous que d’augmenter les chances de survie de votre enfant est plus important que votre propre vie ou alors qu’en étant en pleine forme vous aurez plus de possibilités de le soigner. En tout état de cause, votre décision sera basée sur des opinions et elle fera appel à vos croyances dont vous n’avez probablement pas conscience. Vous ne serez pas capable de démontrer que vous avez raison. Vous noterez néanmoins sur cet exemple que non seulement sans croyance nous ne prendrions aucune décision, mais qu’en plus elles ne peuvent être qualifiées de bonnes ou mauvaises. Dans notre exemple, vous assumez votre décision, donc inconsciemment vos croyances. Vous avez conscience que vous prenez des risques, ce qui est rarement le cas lorsqu’il s’agit de croyances sociétales où les risques sont difficiles à calculer et où la temporalité peut vous être favorable.
 
Croyez-vous que cela soit différent quand un homme politique ou un chef d’entreprise prend une décision ? Croyez-vous que nos prix Nobel d’économie savent mieux prédire l’avenir que vous, moi ou votre voyante favorite ? Lorsque nous avons des certitudes, nous sommes fiers de pouvoir les utiliser pour justifier nos propos. Lorsque nous parlons d’une voiture qui accélère de 0 à 100km/h en 2,8 secondes, nous pouvons sortir les chiffres du constructeur et si nous avions des doutes, nous pourrions la tester sur un circuit. Lorsque M. Hollande nous dit qu’il va inverser la courbe du chômage, il n’a pas de chiffre d’un constructeur à nous montrer, il ne peut pas le tester sur un circuit, il fait un vœu pieux basé sur des opinions, les siennes ou celles de quelques économistes.
 
Nos choix sociétaux, les lois que nous appliquons, sont des croyances [2], nous n’avons aucun moyen de démontrer qu’elles sont bonnes ou mauvaises, nous ne pouvons que donner des opinions. Partager une population sur des opinions n’a qu’un intérêt limité et conduit inexorablement à du conservatisme, il est impossible de changer de croyances si nous ne sommes pas d’accord à une forte majorité. Pour sortir du conservatisme, nous devons admettre nos croyances et admettre que nous devons prendre des décisions incertaines, suivre d’autres croyances, dit autrement avoir une autre stratégie, aller vers un autre inconnu.
 
Prenons un exemple concret. J’ai beaucoup apprécié l’article de Renaud Duterme [3] car il est bien écrit, bien argumenté, bien documenté et il y a quelques passages qui montrent qu’il a conscience que nous ne sommes pas dans des choix rationnels. Comme par exemple : « Tous les néolibéraux ne sont évidemment pas des êtres perfides et dépourvus d’état d’âme. Nombre d’entre eux sont sans doute de bonne volonté mais baignent dans un ensemble de croyances et de mythes associés – souvent à tort – à l’idéal libéral ou capitaliste. Malgré ça, il existe bel et bien une élite, financière, politique, entrepreneuriale, qui bénéficie des mesures néolibérales imposées la plupart du temps de façon non démocratique. Reconnaître cet état de fait doit nous conduire à dénoncer et à lutter contre la dette illégitime et les plans d’austérité ». Pourtant, ce n’est pas cela qu’il met en avant. Son article, et je le déplore, ne fournit qu’un ensemble d’opinions supplémentaires qui s’empilent sur la montagne d’opinions qui existent sur le sujet. C’est un coup d’épée dans l’eau !
 
Soyons clair ! Le néolibéralisme, le communisme, le capitalisme… sont des croyances au même titre que Dieu. Comme pour la religion chrétienne, ces croyances induisent des lois et des règles auxquelles nous devons nous soumettre. Rien ne démontre qu’elles ne vont pas conduire nos sociétés aux mêmes résultats que ceux que nous avons constatés par le passé, des révolutions, des guerres ou des anéantissements. Avec les progrès technologiques qui nous ont permis de baser notre économie sur une monnaie virtuelle dont la quantité peut croître à l’infini, il est probable que nos sociétés s’autodétruiront bien plus rapidement que les précédentes. La dette n’est que l’outil, ce n’est pas réellement le problème.
 
Nous devons comprendre de quoi nous parlons [4] et évaluer nos croyances. En parler comme s’il s’agissait de théories viables, de certitudes, nous mène au conservatisme, à nous faire croire qu’une opinion en vaut une autre. Renaud Duterme, comme tous ceux qui parlent ou écrivent sur ce sujet, fait une erreur sur la forme. Ce qu’il aurait dû nous dire, c’est :
     
Le Dieu de notre économie nous demande trop de sacrifices : nous devons en changer !
     

Je préfère parler du Dieu de l’économie plutôt que du Dieu du néolibéralisme. Mais, nous parlons bien d’un Dieu, d’une abstraction sans réalité scientifique et qui nous demande des sacrifices. Depuis plus de 20 ans nos présidents cherchent à favoriser la croissance économique, mais rien ne nous empêcherait de chercher à favoriser la croissance économique dans un pays communiste. De même, rien ne nous empêcherait d’inventer une forme de libéralisme qui ne serait pas basée sur la croissance économique. Ce Dieu est probablement celui de la croissance économique, c’est lui qui nous demande de consommer toujours plus et qui justifie des slogans tels que « travailler plus pour gagner plus ».
 
Nous sommes dans des sociétés capitalistes, les moyens de production sont privés, et dans des sociétés libérales. Dit autrement, nous respectons les droits de l’homme [5] dont les croyances sont la soumission à un Etat, de placer le travail au cœur de nos préoccupations, de respecter la propriété privée, donc le capital, et la liberté - dans le sens où nous n’appartenons pas à la naissance à une personne physique, nous sommes citoyens d’un Etat -. Ces croyances sont les nôtres, nous ne savons même plus ce que serait une société dont les priorités ne seraient pas le travail et la consommation de produits dont l’utilité pour notre bien-être est de plus en plus discutable [6]. Et si nous sommes en guerre contre des pays qui ne respectent pas nos croyances, ce n’est probablement pas fortuit. Nous ne cherchons pas réellement à savoir où nous mènent ces croyances car nous n’imaginons pas que nous puissions changer de Dieux. Est-ce bien ou mal d’adorer ces Dieux plutôt que d’autres ? Nous ne pouvons pas le savoir mais puisque nous parlons de croyances véhiculées par nos sociétés et ancrées dans notre inconscient, nous pouvons savoir si elles nous sont profitables ou non.
 
L’article de Renaud Duterme nous dit que : « ce qu’il faut comprendre, et c’est ce qu’Harvey démontre de façon magistrale, c’est que le néolibéralisme n’est en réalité rien d’autre qu’une coquille idéologique dissimulant la réaffirmation d’un pouvoir de classe. Ainsi, la principale réussite de la néo-libéralisation réside dans la redistribution, et non dans la création, de richesses et de revenus ». Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une conséquence du néolibéralisme, mais le résultat est le même, petit à petit, cette croyance conduit à un transfert de richesses vers un petit groupe de personnes. Dit autrement, elle est néfaste à la majorité. Le mécanisme de transfert des richesses n’est pas une croyance, il existe bel et bien, il est mesurable, même si cela est difficile car nous ne mesurons que la possession de capital. Nous ne connaissons pas par exemple la richesse d’une personne qui posséderait 200 châteaux dans le monde, nous ne parlons que de son revenu ou du capital investi dans telle ou telle entreprise. Nous ne connaissons pas, ou plutôt nous ne cherchons pas à calculer, la richesse des émirs Saoudiens. Nous savons néanmoins que le revenu des classes sociales qui ne possèdent pas de capital diminue.
 
Nous pourrions donc en déduire que nos sociétés s’effondreront comme beaucoup d’autres dans le passé quand les disparités deviendront insupportables pour la majorité. A moins que le terme de cette course à une croissance effrénée soit le manque de ressources naturelles ou une pollution incompatible avec notre survie. C’est en prenant conscience que cette croyance est néfaste que nous pourrions envisager d’en changer plus ou moins progressivement ou a minima d’adapter les règles que nous lui avons associées. Nous savons que le principal frein viendra de ceux qui profitent de la croyance, de la même façon qu’à la période de la révolution française, les nobles ne voulaient pas perdre leurs privilèges.
 
Ne pas rembourser la dette comme le suggère Renaud Duterme dans son article consiste à éradiquer l’effet et pas la cause. Par ailleurs, il faut bien comprendre que la dette est virtuelle, ce ne sont plus les riches qui prêtent aux pauvres ! Ce qui concourt au transfert de richesses c’est le fait que nous acceptions de payer un intérêt sur de l’argent créé sur demande. Personne ne nous a prêté d’argent, mais nous payons malgré cela un intérêt. Par ailleurs, il faut tenir compte que cette dette peut être revendue avec une plus-value, je cite encore Renaud Duterme « l’obligation leur - les syndicats - étant faite d’investir leur fond de pension en obligations de la ville ». Nous voyons donc que nous sommes contraints de racheter la dette. Dans les pays européens, la dette appartient en grande partie à des particuliers qui l’ont acquise, généralement sans le savoir, au travers de contrats d’assurance-vie ou via des organismes chargés de gérer nos retraites. Ne pas payer la dette c’est donc la ruine des populations. Nous pouvons refuser de payer les intérêts, mais nous devons rembourser la dette rachetée par les populations.
 
La solution proposée dans son article consiste donc à provoquer au mieux une crise, au pire l’effondrement du système. Dans les deux cas, nous contribuons à ruiner les plus pauvres, nous ne changeons pas nos croyances et rien n’empêchera un autre mécanisme de transfert de richesses de renaître des cendres du premier. Pour changer nous devons donc changer nos croyances ou en changer les règles, plus particulièrement celles sur la croissance économique - et donc la consommation -, sur la possibilité d’empiler des richesses à l’infini, sur la nécessité de placer le travail, plus particulièrement le travail subordonné, au centre de nos préoccupations… Avant cela, nous pouvons effectivement nous demander s’il est normal que de l’argent qui n’est prêté par personne puisse rapporter un intérêt.
 
Ainsi, pour sortir d’une impasse [7], il suffit d’imaginer d’autres croyances, d’autres stratégies que celles que nous connaissons. Les révolutions passées laissent à penser que nous sommes incapables de changer. Mais peut-être saurions-nous changer si nous apprenions à comprendre de quoi nous parlons et que nous prenions conscience de nos croyances [4].
 
[1]       « Réflexion philosophique : comprendre de quoi nous parlons ! » de Hervé BOURGOIS
[2]       « Enfants de la démocratie : l’histoire se répète ? » de Hervé BOURGOIS
[3]       Dette, néolibéralisme et classes sociales de Renaud DUTERME
[4]       Ouvrage de l’auteur : « De quoi parlons-nous ? »
Cet essai décrit comment nous continuons à sacrifier une partie de la population à des Dieux que nous ne nommons plus.
[5]       Déclaration universelle des droits de l’homme
[6]       La croissance économique désigne la variation positive de la production de biens et de services dans une économie sur une période donnée, généralement une période longue. En pratique, l'indicateur le plus utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut ou PIB. Le taux de croissance, lui, est le taux de variation du PIB. On utilise souvent la croissance du PIB par habitant comme indication de l'amélioration de la richesse individuelle, assimilée au niveau de vie (qualité et quantité des biens et services qu’une personne ou une population entière peut s’approprier). Au travers du niveau de vie, c’est-à-dire de notre capacité à consommer, nous cherchons à mesurer notre bien-être ce qui est très controversé.
[7]       « Imaginez : comment sortir d’une impasse » de Hervé BOURGOIS
http://phylogenese.blogspot.gr/2014/09/imaginez-comment-sortir-dune-impasse.html

mercredi 1 octobre 2014

L’intégrisme : lâchez-moi les baskets !

Dès que je parle avec des Français, ils ont peur de l’intégrisme, des musulmans… et franchement cela me saoule. Il y en a même qui m’envoient des mails d’une bêtise inouïe pour m’avertir sur le prosélytisme meurtrier de la religion musulmane. Que répondre ? La bêtise humaine est sans fond !

Alors j’ai décidé de vous raconter une histoire. Il y a une trentaine d’années j’étais allé en Inde et j’avais séjourné une nuit dans un petit village surplombant les chaînes de l’Himalaya. Nous devions nous lever le matin très tôt pour prendre un bus en direction de Leh, la capitale du Ladakh. La route n’avait qu’une seule voie qui était ouverte la moitié du temps dans un sens et l’autre moitié dans l’autre. Nous ne devions pas louper l’ouverture. A notre arrivée dans ce village, il faisait encore jour, les habitants étaient paisibles, nous nous sentions en sécurité, nous avions décidé de nous promener dans les rues en attendant de rejoindre ce que nous appelions notre hôtel.

Nous avions à peine fait une centaine de mètres que nous sommes tombés sur les premières affiches qui faisaient la promotion du héros local, Rouhollah Khomeini. Vous ne vous souvenez peut-être pas, c’était un révolutionnaire qui séjournait en France et qui a rejoint son pays après le renversement du shah. En France, à cette époque, tous les médias nous parlaient de l’Iran comme d’un pays intégriste où les habitants vivaient dans la terreur. A l’époque je regardais la télévision et avec le recul ce n’est sans doute pas le chef d’état dont j’aurais rêvé, les Iraniens qui ont fui leur pays pour éviter la guerre avec l’Irak non plus. Mais pour ceux qui avaient subi le régime du Shah auparavant, franchement je n’ai toujours pas d’opinion, je ne suis pas certain non plus qu’il faisait bon vivre en France en 1790. Toujours est-il que dès que nous avons vu ces affiches, nous ne nous sentions plus du tout en sécurité. Pourtant, rien n’avait changé, les gens n’étaient pas plus menaçants que 5 minutes auparavant, tout était dans notre imagination, forgée par la propagande occidentale.

Nous sommes retournés à l’hôtel dont le luxe était des plus sommaires comme il se doit dans un petit village isolé, mais il y avait quand même une salle de bains avec une douche, sans eau chaude bien sûr. Les draps étaient propres, ce qui n’est pas si évident puisque dans un quatre étoiles à Londres 20 ans plus tard, je n’ai pas eu cette chance. En pleine nuit nous fûmes réveillés par le Muezzin, mais c’est nous qui étions venus, il fallait bien que nous nous adaptions aux rites religieux locaux.

Donc, nous étions dans un village intégriste et nous n’avons vu aucune atrocité, nous n’avons pas été enlevés et tout le monde vivait normalement. Quoi de plus normal ? L’intégrisme c’est, au sein d'une religion, l’attitude qui consiste à refuser, au nom de l'intégrité de la doctrine, toute interprétation nouvelle, toute évolution des pratiques traditionnelles, tout changement. Par exemple, quand un pape interdit aux chrétiens d’utiliser des préservatifs c’est de l’intégrisme. Cela existe dans toutes les religions, juive, chrétienne, musulmane… vous pouvez ou non être d’accord, vous pouvez suivre les préceptes d’une religion sans être intégriste, ne pas croire en Dieu, c’est un choix de vie et nous sommes tous mortels, chacun mène sa vie comme il l’entend.

Evidemment l’intégrisme, quelle que soit la religion, porte une idéologie et cela peut dégénérer. Nous avons vécu cela en France, il y a quelques siècles lors de la Saint-Barthélemy (24 août). Mais en règle générale, l’être humain ne cherche pas nécessairement les guerres, plus particulièrement lorsqu’il risque de se faire tuer et qu’il n’a rien à y gagner. La Saint-Barthélemy, il y avait aussi quelques enjeux politiques, ce n’était pas que pour des questions idéologiques…

Mais les idéologies qui provoquent des guerres ne sont pas nécessairement religieuses. Quand les américains ou les pays de l’OTAN décident d’aller bombarder un pays, ce n’est pas par intégrisme, c’est pour de toutes autres idéologies, celles de l’argent, du libéralisme… Est-ce que les millions de morts destinés à promouvoir le Coca Cola et les Mac Donalds sont moins idéologiques que la Saint-Barthélemy ? A chacun de se faire son opinion mais il ne fait pas bon être sous les bombes américaines !

Mais enfin, déjà ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais en plus de quoi ont-ils peur ? Est-ce du terrorisme qui fait moins de morts que les accidents d’avions ? Est-ce qu’ils ont peur des terroristes que nous finançons pour faire la guerre ailleurs, pour promouvoir Coca Cola, puis que nous laissons tomber par manque de volonté ou de moyens ? Peut-être, mais le terrorisme c’est un ensemble d'actes de violence commis par une organisation pour créer un climat d'insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l'égard d'une communauté, d'un pays, d'un système. Quel est le rapport avec l’intégrisme ? Par quel cheminement tortueux faisons-nous le lien entre l’intégrisme et le terrorisme puis avec la religion musulmane ? Est-ce inconsciemment la peur de devoir payer pour les atrocités commises par nos ancêtres ?

Alors s’il vous plait, ne mélangez pas les définitions des mots et puis surtout lâchez-moi les baskets et laissez les musulmans vivre en paix, qu’ils boivent ou non du Coca Cola !